Traduction de "Quelques notes sur la gentrification, une FAQ à destination des femmes trans blanches"
Ceci est une traduction de l'excellent travail de Magdalene aka pretty.privilege.hq sur Instagram, tous les crédits concernant le texte original posté sur Instagram lui reviennent. Je fais cette traduction avec son accord, si vous appréciez ce texte, allez la suivre sur Instagram et la soutenir sur Ko-Fi si vous en avez les moyens.
La traduction est faite par mes soins, et concernant l'outil de mise en page en PDF, il s'agit de Electric Zine Maker, un outil développé par alienmelon/Nathalie Lawhead disponible sur itch.
J'ai fait cette traduction parce que je pense que le discours autour du pouvoir de gentrification par les femmes trans blanches n'est pas du tout discuté dans nos milieux. J'espère que ce zine aidera à ce qu'on fasse mieux. Car nous n'avons pas le choix que de faire mieux.
Le zine en format numérique est ici (le texte est en format image intégré dans le PDF, il vaut mieux lire l'article sur le blog si vous avez des difficultés à lire des textes un peu petit et brouillons ou si vous utilisez des lecteurs d'écran), le zine imprimable est ici, et voici en dessous la traduction en texte de "Some notes on gentrification, A FAQ for white trans women" de Magdalene pretty.privilege.hq publié le 3 janvier 2026 sur Instagram.
Quelques notes à propos de la gentrification
Une Foire aux Questions pour les femmes trans blanches
Par Magdalene, pretty.privilege.HQ, traduit en français par Rrrrrose Azerty
bundle.of.styx a écrit un article très important à propos des manières qu'ont les femmes trans blanches de gentrifier les quartiers où vivent les personnes noires, j'ai donc eu envie d'écrire une petite foire aux questions sur les objections que j'ai pu fréquemment voir quand les femmes trans blanches sont accusées d'être gentrifiantes.
La plupart du temps, ces objections surviennent pour protéger sa propre image et ne pas se considérer comme la cause d'un problème particulièrement violent.
On peut fréquemment voir une déresponsabilisation en attribuant la faute à des politicien·ne·s, propriétaires, au système économique et au mode de production capitaliste. Il y a effectivement un partage des responsabilités, mais les gentrifiant·e·s ont aussi un rôle dans ce processus qui doit être reconnu. Cette reconnaissance est une première étape pour choisir des méthodes d'action pertinentes pour atténuer le processus de gentrification quand il ne peut être arrêté complètement. Ou, au moins, ne pas s'offusquer quand il faut reconnaître le problème.
Alors voici une liste non exhaustive des tentatives d'esquive du problème que les femmes trans blanches ont tendance à faire.
1 - Même si je suis blanche, je suis quand même marginaliée donc je peux pas gentrifier
Tu es marginalisée, oui, les femmes trans sont dans le viseur de tout le monde en ce moment car hypervisibilisées. Ca veut dire que beaucoup de monde nous scrutent, mais nous sommes malgré tout le groupe de femmes trans les plus acceptées socialement et ça veut dire qu'on peut nous même rendre les espaces plus chers. En tant que personnes blanches, nous avons plus de pouvoir d'achat, ce qui donne des signaux aussi aux propriétaires, aux investisseurs et aux marchands.
2 - Pourquoi est-ce qu'on ne parle pas des phénomènes de gentrification des autres groupes de personnes trans, est-ce que c'est pas antiféministe ?
Il y a plein d'étapes à la gentrification, petit à petit, les habitant·e·s d'un quartier se font remplacer jusqu'à atteindre un seuil critique, et il y a une nouvelle vague de remplacement. A cause de notre statut social bas en comparaison d'autres groupes de personnes queer, nous sommes signes de la première vague de déplacement des populations noires. Notre marginalisation est un outil parfait pour ça.
Nous avons aussi une autre particularité. Vous vous souvenez cette part de notre oppression à propos de l'hypervisibilité ? Hé bien c'est très utile pour le processus de gentrification. Nous rendons les espaces "vibrants", "divers", "charismatiques" et "iconiques" sans toutefois effrayer les investissements parce que notre blanchité le permet. Le monde ne nous aime pas pour ce qu'on est, mais nous sommes un outil de vente parfait. C'est tokenifiant, et ça n'est clairement pas comment nous même nous percevons, mais dans cette situation, ça sert totalement le processus de gentrification.
3 - Les narratifs anti-gentrification sont xenophobes
Il y a des groupes de droite qui utilisent la précarisation du logement causé par la gentification comme argument pour créer un narratif anti-immigration. Ils sont toujours plus rares qu'on le pense, et la droite est malgré tout très intéressée par les personnes étranges si elles sont riches. Les personnes riches locales gentrifient tout autant que des personnes étrangères qui viennent s'installer, mais la gentrification est un phénomène récurrent quand il y a une vague migratoire provenant de lieux dont les gens ont tendance à avoir beaucoup d'argent.
On peut être opprimé·e en étant immigrant·e et malgré tout économiquement privilégié·e par rapport à la plupart des personnes locales au point de participer à la gentrification. Essaye de comprendre comment fonctionne le commerce local et combien une personne locale paye son loyer pour mitiger le signal que ta présence donne. Les personnes locales te recevront mieux si tu ne payes pas un absurde montant pour un mauvais logement qui est marketé pour toi parce que tu te sens trop bien pour vivre dans le même type de logement que les personnes locales.
4 - Je migre aussi pour fuir les violences, je ne peux pas être gentrificatrice
Ecoute, que la violence soit une famille abusive, un pays qui tourne au fascisme, la perte d'un emploi, ou tout autre réel problème, ça ne te rend pas immunisée à être une personne gentrifiante. C'est un système plus grand que tes intenteions, et ce n'est pas une question d'à qui la faute, tu es quand même une participatrice d'un processus économiquement très violent. Alors si tu te ne peux toujours pas comprendre ta part là-dedans à cause de ta propre oppression, alors tu repousses ton oppression sur des gens plus oppressé·e·s que toi. Essaye de te souvenir qu'agir en victime quand tu blesses des personnes noires est la chose la plus blanche que tu puisses faire. Il y a franchement de meilleures manières de s'affirmer que ça.
5 - Il n'y a pas de consommation éthique dans le capitalisme
Bien sûr, ma belle, voilà ce qu'on va faire : je ne vais pas te proposer un argument moral, je décris juste un phénomène social qui a un impact concret sur la vie des gens, tu peux décider d'en faire quelque chose ou non.
Je comprends et adhère avec l'argument que "tu votes avec ton argent" est un argument libéral pour réduire ton champ d'action politique à une action sur le marché qui défavorise les personnes précaires. Mais ça n'est pas du tout ce que j'insinue, je ne te dis pas qu'il faut soutenir un certain groupe financier plutôt qu'un autre, ou en train de te dire que les petites entreprises sont dénuées de pratique d'exploitation.
Ce que je dis c'est que ton arrivée créée une opportunité d'investissement et il y a plein de merdes consuméristes qui te sont destinées. Et d'une certaine manière, tu ne peux pas arrêter ça à 100%, où faire des choix de consommation parfaits. Mais la perfection est un idéal fasciste. Personne ne peut faire les meilleurs choix localement informés tout le temps, tu peux aussi faire des "mauvais choix" délibérément sans que ça fasse de toi une mauvaise personne, et il y a parfois des raisons de les faire. Comme des personnes non-valides qui ont besoin d'accomodations coûteuses mais c'est pas le sujet réellement (à moins que tu utilises ta carte ADHD plus de 5 fois dans le mois pour excuser ta gentrification).
Ca ne sert à rien d'être obsédée par tous tes micro-choix, c'est ok tant que tu ne te mens pas à toi-même concernant le processus de gentrification. Juste, ne sois pas surprise si les personnes locales te regardent bizarres concernant tes choix "parce qu'il n'y a pas de consommation éthique dans le capitalisme". Avoir une mentalité du tout ou rien va soit te transformer en fanatique de la consommation ou en connasse.
6 - J'aime vraiment beaucoup aller à ce coffee shop boire ce café qui coûte cinq fois le prix du café d'une personne locale paye normalement
Et les personnes qui vivaient dans cette maison avant toi aimaient aussi vivre dans ce quartier jusqu'à ce que la police les ait forcé à partir. N'édulcore pas la vérité, c'est de la violence. Tu peux vraiment faire plein de choses contre si tu n'ignores pas le problème. Tu peux le prendre en compte quand tu arrives là où tu vas vivre, tu peux te renseigner sur ce qu'acceptent les personnes locales dans leurs choix de logements, tu peux reconnaître que tu as une dette envers les femmes trans noires...
Je ne vais pas te donner des solution simples ici, parce qu'elles ont toutes leurs spécificités géographiques. Je suis certaine que si tu as à l'impression que tu gentrifies un endroit, les personnes locales savent ce que tu dois faire pour faire mieux. Les personnes locales ne te doivent pas de l'éducation ou de la pédagogie à ce sujet, mais tu peux utiliser ta tête et lire entre les lignes. Peut-être que manger dans ce piège à touriste tous les jours n'est pas une bonne idée. Essaye de te mettre dans la peau d'une personne arrivante dans un autre contexte, et si les propriétaires et agences locatives te proposeraient les mêmes locations. Essaye de comprendre l'histoire de la ville dans laquelle tu vis. Et peut-etre que tu finiras par trouves des manières de faire. Si ce n'est pas fait, tu peux peut-être ne pas vivre dans ce quartier si tu comprends que ce qui t'attirait ici n'est pas si nécessaire. Mais, au moins, prendre conscience que l'on participe à un phénomène violent est une première bonne étape.
Cette solution n'a pas à être parfaite ou définitive. Juste, ne te cache pas derrière des excuses. C'est ok de rationaliser des choix ("je n'avais pas d'autres endroits où aller", "j'ai fait du mieux que j'ai pu avec ce que j'avais"). Ce qui craint, c'est de te mentir pour que tu puisses mieux dormir la nuit.
Alors arrête de te trouver des excuses parce que tu n'as pas la solution parfaite et commence par dormir avec cette vérité.
Un texte de Magdalene traduit en français depuis l'anglais par Rrrrrose Azerty. Si ce texte vous a aidé ou plu, n'hésitez pas à soutenir Magdalene par ici.
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